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Sommaire exécutifs

Jun 8, 2026

4 min à lire

L'IA pour tous : ce que les entreprises doivent retenir de la stratégie fédérale canadienne

Le gouvernement fédéral a publié sa stratégie très attendue en matière d’intelligence artificielle, intitulée « L’IA pour tous » – une stratégie prospective et à long terme pour l’IA au Canada, qui met l’accent sur les mesures et les programmes qui permettront d’atteindre certains jalons d’ici 2034. 

« L'IA pour tous » s'inscrit dans le contexte plus large de l'IA au Canada aujourd'hui. Le Canada se positionne comme un leader mondial en matière de recherche et de développement dans le domaine de l'IA – il abrite des instituts de classe mondiale, des universitaires pionniers et bénéficie d'investissements publics importants dans ce domaine. Pourtant, ce leadership a eu du mal à se traduire en applications concrètes pour les entreprises canadiennes.  

Ce document stratégique indique que seules 12 % des entreprises canadiennes utilisent actuellement l’IA dans leurs activités, et l’écart est encore plus frappant chez les PME, où le taux d’adoption est à seulement 8 %. « L’IA pour tous » vise à combler ce fossé, en allant au-delà de l’excellence en recherche pour développer des applications pratiques pour tous les Canadiens, qu’ils dirigent une entreprise, mènent un projet ou souhaitent simplement prospérer dans une économie façonnée par l’IA. 

Quelles sont les nouvelles aides auxquelles les entreprises peuvent avoir accès ? 

Financement et soutien à l’adoption de l’IA  

Le plan présente les possibilités de financement en matière d’IA offertes aux entreprises. Les entreprises canadiennes dans le domaine de l’IA « les plus prometteuses » pourront bénéficier d’un Fonds de croissance technologique canadien de 500 millions de dollars récemment annoncé et, dans certains cas, du Fonds souverain récemment créé. Les PME pourront bénéficier du programme LIFT de la BDC, doté de 500 millions de dollars, pour soutenir l’intégration d’outils d’IA dans leurs activités. Enfin, un financement sectoriel sera mis à disposition par le biais du programme missions d’IA, en commençant par un financement de 200 millions de dollars destiné à améliorer les résultats en matière de santé pour les Canadiens, qui sera suivi d’un financement sectoriel supplémentaire dans le cadre de futures « missions ». 

Formation et développement des compétences en IA  

La stratégie garantira à tous les Canadiens l'accès à une formation en IA grâce à une nouvelle Initiative nationale de littératie en IA. La stratégie prévoit également doubler le nombre d'enseignants formés à l'IA dans le système d'enseignement primaire et secondaire pour le porter à plus de 3 000. Cette priorité accordée à l'enseignement primaire et secondaire, associée à l'objectif de fournir à 1 million d'étudiants de l'enseignement supérieur une formation gratuite en littératie en IA, signifie que les diplômés entrant sur le marché du travail disposeront d'une base plus solide en matière de littératie en IA dans les années à venir. 

Jeunes talents et soutien aux PME  

Outre la formation des jeunes professionnels, la stratégie vise à créer directement jusqu’à 90 000 emplois liés à l’IA et des possibilités de stages pour les jeunes Canadiens d’ici 2031. Le plan précise que ces emplois contribueront à soutenir les PME et les organismes à but non lucratif. 45 000 de ces emplois seront créés dans le cadre du Programme de stages pratiques pour étudiants et d’Emplois d’été Canada. 35 000 le seront grâce à des initiatives telles que le programme Compétences pour réussir, et les 10 000 derniers sont liés aux programmes ADOPT et AI+X de Mitacs. Le Canada investira également 50 millions de dollars sur cinq ans pour moderniser la Banque d’emplois grâce à un système de jumelage des offres d’emploi alimenté par l’IA. 

Quelles sont les nouvelles lois et les nouveaux programmes que les entreprises doivent connaître ? 

Attirer et retenir les talents internationaux   

La stratégie s'engage à élargir le programme Volet des talents mondiaux destiné aux travailleurs hautement qualifiés dans le domaine de l'IA afin d'accélérer leur entrée dans le pays. Les mesures relatives à la résidence permanente seront également harmonisées pour favoriser la rétention des travailleurs. Dans le même ordre d’idées, la stratégie souligne comment le Fonds canadien pour la croissance technologique entend attirer des capitaux privés et retenir à la fois les talents et la propriété intellectuelle au Canada. Faisant directement référence à la concurrence avec le marché américain, le plan désigne un capital d’investissement suffisant comme la clé « pour convaincre les meilleurs entrepreneurs canadiens de quitter Silicon Valley pour se réinstaller au pays ». 

Modernisation des règles de protection des renseignements personnels   

Le Canada « modernisera la législation sur la protection de la vie privée des consommateurs » afin de « renforcer le contrôle des citoyens sur leurs données personnelles ». Que ces modifications prennent la forme d’amendements aux lois existantes sur la protection de la vie privée, comme la Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques (LPRPDE), ou d’une toute nouvelle législation, elles devraient avoir des répercussions à l’échelle nationale pour toutes les entreprises détenant des données sur les consommateurs. Si les nouvelles lois fédérales sur la protection de la vie privée des consommateurs auront des répercussions sur les entreprises de Québec réglementées par le gouvernement fédéral et actuellement exemptées de la Loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé (l’ARPPIPS), telles que les compagnies aériennes, les banques et les entreprises de télécommunications, il est possible que ces réformes aient un impact plus important sur les entreprises des autres provinces que sur celles de Québec. 

Encadrement de la tarification basée sur la surveillance de l’IA   

La stratégie s'engage à renforcer les lois sur la protection de la vie privée afin de garantir que les renseignements personnels des Canadiens ne soient pas utilisés de manière inappropriée, notamment à des fins de tarification basée sur la surveillance. Cette mesure fait suite à l'adoption d'une loi similaire au Manitoba en mars dernier. Le projet de loi 49 du Manitoba – un amendement à la Business Practices Act de la province – interdirait aux détaillants d’augmenter le prix des marchandises en fonction d’un consommateur spécifique. Bien que l’approche fédérale n’ait pas encore été détaillée, celle du Manitoba qualifierait l’utilisation « d’informations personnalisées ou déterminées par des algorithmes » pour facturer des prix plus élevés de pratique commerciale déloyale, que ce soit en magasin ou en ligne. 

Renforcement de la sécurité et de la transparence de l’IA 

La stratégie prévoit des investissements dans la sécurité, notamment 50 millions de dollars destinés à l'Institut canadien de la sécurité de l'IA, ainsi qu'un renouvellement du financement du programme sur l'IA du Conseil canadien des normes. Le Canada va également accélérer la recherche, les essais et le déploiement de technologies canadiennes en matière de protection des données, de cyberdéfense et de prévention de la fraude et de l'extorsion.  

Les exigences en matière de transparence de l'IA comprendront des mesures telles que l'apposition de filigranes sur les contenus générés par l'IA et une clarification des situations dans lesquelles les Canadiens interagissent directement avec des systèmes d'IA – des obligations de transparence relatives aux décisions automatisées s'appliquent déjà aux entreprises québécoises en vertu de la Loi 25. S'inspirant d'un amendement similaire à la loi européenne sur l'IA, la stratégie du Canada aborde le préjudice croissant causé par les deepfakes, en s'engageant à doter les Canadiens d'outils juridiques pour les combattre, dans le prolongement du projet de loi visant à protéger les victimes introduit en décembre 2025. 

Souveraineté numérique et infrastructures canadiennes d’IA 

La stratégie du gouvernement vise à garantir l’indépendance grâce au développement et à la maîtrise de sa propre infrastructure d’IA. En adoptant une approche « bâtir–partenariats–acheter », Ottawa donne la priorité au développement d’une infrastructure d’IA souveraine sous contrôle canadien, tout en s’associant à des alliés de confiance et en s’appuyant sur les solutions existantes du marché uniquement lorsque cela est justifié.  

Il convient également de noter, pour les PME, l’engagement de construire un superordinateur public de classe mondiale, leur donnant ainsi accès à des capacités de calcul sécurisées, souveraines et hautement performantes qui leur seraient autrement inaccessibles. Actuellement, les entreprises entraînent leurs modèles sur des plateformes étrangères, stockent des données sensibles hors de la juridiction canadienne et opèrent sur des infrastructures soumises à des régimes juridiques étrangers. En ce sens, la souveraineté en matière d’IA n’est pas seulement un objectif de politique nationale, mais devient de plus en plus un enjeu commercial concret lié à la gouvernance des données et à l’autonomie stratégique à long terme. 

Quelles autres implications découlent de l’initiative « L’IA pour tous » ? 

Un programme de certification pour les systèmes d’IA 

La stratégie met en place le programme canadien de certification en IA de confiance afin d'aider les Canadiens à identifier les produits d'IA « fiables » sur le marché. Dans la pratique, cela créera un système à deux niveaux pour les produits d'IA : ceux approuvés par le gouvernement canadien et ceux qui ne le sont pas. Le plan ne précise pas comment ce système de certification fonctionnera, ni combien d'agents d'IA le gouvernement fédéral a l'intention de certifier, ni dans quelles conditions une certification expirerait ou serait révoquée. 

Un appui accru au développement de l'IA open source 

La stratégie soulève des inquiétudes quant à l'orientation prise par le marché mondial de l'IA, où la dépendance à l'égard d'un petit nombre de systèmes d'IA propriétaires ne cesse de croître. Afin d’accroître la transparence, de permettre une indépendance structurelle et de réduire le risque de dépendance vis-à-vis d’un fournisseur, le Canada mènera une initiative mondiale multipartite visant à mettre en place et à soutenir le développement de l’IA open source dans l’intérêt public. Cette initiative implique une collaboration avec divers acteurs, notamment l’industrie, les chercheurs, les instituts canadiens d’IA et les pays partageant les mêmes valeurs. L’inventaire et la bibliothèque commune d’outils d’accès qu’elle vise à établir seront ouverts aux PME en vue d’une adoption responsable. 

 Se préparer à la prochaine phase de l’IA au Canada 

« L'IA pour tous » représente une avancée majeure pour le Canada. Le gouvernement fédéral est clairement déterminé non seulement à faire en sorte que les Canadiens atteignent la moyenne mondiale en matière d'adoption de l'IA, mais aussi à la dépasser. Le Canada a identifié des domaines précis dans lesquels il peut devenir un acteur compétitif et a élaboré une stratégie visant à rester à la fois compétitif sur le marché mondial et à collaborer avec des acteurs partageant les mêmes valeurs. 

Il convient de noter que cette stratégie ne va pas jusqu’à adopter une loi contraignante sur l’IA à l’image de celle de l’UE, dans la veine du projet de loi C-27, mais s’appuie plutôt sur une réforme de la protection de la vie privée, des règles relatives aux préjudices ciblés et une certification volontaire, ainsi que sur un soutien significatif en faveur de la confiance et de l’adoption. La réforme de la législation sur la protection de la vie privée, les restrictions tarifaires en matière de surveillance et le cadre de certification de l’IA proposé sont les domaines les plus susceptibles de nécessiter une réponse des entreprises à court terme. Les PME, en particulier, devraient prendre note des programmes de financement et de placement conçus spécifiquement pour elles, ainsi que de la nouvelle cohorte de diplômés et de jeunes professionnels formés à l’IA que la stratégie vise à former. 

Fondamentalement, la stratégie positionne le Canada comme un pays qui souhaite être à l’avant-garde de l’IA non seulement par la recherche, mais aussi par une adoption responsable et centrée sur l’humain – une adoption dont les travailleurs, les entreprises et les communautés partagent les avantages. La concrétisation de cette vision dépendra de sa mise en œuvre, mais la direction est claire : le Canada mise sur les Canadiens, en envisageant une économie de l’IA centrée sur les personnes, qui s’appuie sur des avantages concurrentiels permettant au pays de se démarquer sur la scène mondiale. 

Accompagner votre organisation dans l’adoption de l’IA 

Pour en savoir plus sur les répercussions de cette stratégie pour votre organisation ou pour discuter de vos projets liés à l’intelligence artificielle, communiquez avec Misha Benjamin ou Paul Gagnon. Notre équipe accompagne les entreprises dans l’adoption, la gouvernance et l’encadrement juridique de l’IA. 

Cet article est aussi le fruit de la collaboration de Jonathan Ferguson et Yassin Abdalla, étudiants en droit chez BCF.