Passer au contenu

Sommaire exécutifs

Sep 26, 2023

5 min à lire

Un automne haut en couleur en immigration : principaux débats à suivre pour le secteur manufacturier

L’automne sera marqué par les débats entourant les consultations fédérales et provinciales en matière de planification de l’immigration. Qui plus est, le projet de règlement concernant le nouveau programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ) au Québec viendra apporter une tout autre couleur aux programmes de sélection actuels. Certaines mesures proposées pourraient particulièrement affecter le secteur manufacturier au Québec; quelles sont-elles?

Le secteur manufacturier au Québec est confronté à une pénurie de main-d’œuvre persistante. Avec plus de 23 000 postes à pourvoir, les entreprises doivent composer avec une rareté de talents qui freine leur croissance, leur compétitivité et leur capacité à répondre à la demande. Dans ce contexte, l’immigration apparaît comme l’une des solutions les plus structurantes pour soutenir l’industrie manufacturière et renforcer la population active disponible au Québec.

Les choix gouvernementaux en matière de planification de l’immigration auront une incidence directe sur l’attractivité du Québec pour les travailleurs étrangers et sur la capacité des entreprises à recruter durablement. Parmi les scénarios envisagés, celui qui prévoit une hausse graduelle des seuils jusqu’à 60 000 admissions en 2027 semble être le plus susceptible de soutenir la croissance économique et de répondre aux besoins du marché du travail.

Immigration et main-d’œuvre manufacturière au Québec

Pour le secteur manufacturier, l’immigration ne constitue pas seulement un levier de remplacement, mais un véritable moteur de développement économique. Plusieurs entreprises dépendent déjà du recrutement international pour pourvoir des postes techniques, spécialisés ou difficiles à combler localement.

Encore faut-il que les seuils d’immigration, les programmes d’admissibilité et les délais de traitement soient alignés sur la réalité du terrain. Une augmentation progressive des admissions permanentes pourrait contribuer à élargir le bassin de talents disponibles. Toutefois, pour que cette mesure produise des effets concrets dans le secteur manufacturier, certains programmes de formation admissibles devraient être revus, notamment pour inclure des formations stratégiques de moins de 1 800 heures, comme certaines AEC en automatisation, en instrumentation, en robotique ou des formations techniques en génie électrique.

Des délais de résidence permanente à accélérer

L’efficacité du système d’immigration ne repose pas uniquement sur les cibles d’admission. Les délais de traitement pour la résidence permanente à destination du Québec représentent aussi un enjeu majeur pour les employeurs. Dans certains cas, ces délais peuvent être nettement plus longs que dans les autres provinces canadiennes, ce qui nuit à l’attractivité du Québec et complique la rétention des travailleurs étrangers.

Une meilleure coordination entre le gouvernement du Québec et le gouvernement fédéral serait donc essentielle pour accélérer le traitement des demandes, réduire les écarts interprovinciaux et permettre aux entreprises manufacturières de planifier leurs besoins de main-d’œuvre avec davantage de prévisibilité.

Le PSTQ et les limites actuelles pour les employeurs

Le projet de règlement entourant le PSTQ soulève également plusieurs préoccupations pour les entreprises. L’une d’elles concerne l’exigence d’un niveau avancé de français pour la majorité des candidats, ainsi que pour leur conjoint ou conjointe. Bien que l’objectif de francisation soit largement partagé, une approche plus souple et mieux adaptée à la réalité des postes occupés serait souhaitable, en particulier dans le secteur manufacturier.

Dans cette perspective, les efforts de francisation devraient être soutenus à la fois par l’État et par les employeurs. Il serait notamment pertinent de permettre l’apprentissage du français avant l’arrivée au Québec, tant pour les travailleurs que pour les membres de leur famille, afin de faciliter leur intégration et leur rétention à long terme.

Le PSTQ pose aussi un enjeu en matière de qualification scolaire pour certains postes FEER 4 et 5. Exiger un diplôme secondaire ou professionnel pour accéder à la résidence permanente, alors qu’un travailleur peut déjà occuper temporairement le poste pendant deux ans, crée une incohérence importante. Cette contradiction risque de limiter la capacité des employeurs à retenir des travailleurs déjà présents, formés et intégrés au Québec.

Le programme des travailleurs étrangers temporaires demeure essentiel

Compte tenu des limites numériques et des délais associés à la résidence permanente, le Programme des travailleurs étrangers temporaires continuera de jouer un rôle crucial pour le secteur manufacturier québécois. Or, ici aussi, les délais administratifs freinent la capacité des entreprises à recruter rapidement.

Parmi les solutions avancées, la possibilité pour les employeurs du Québec de déposer une demande d’EIMT avant même d’avoir identifié un candidat permettrait de lancer les démarches en parallèle du recrutement international. Cette mesure réduirait de façon significative les délais d’embauche et améliorerait l’agilité des entreprises québécoises. À l’heure actuelle, toutes les autres provinces ont accès à cette flexibilité, ce qui accentue le désavantage concurrentiel du Québec.

Conclusion

Dans le contexte démographique et économique actuel, l’immigration représente l’une des réponses les plus importantes à la pénurie de main-d’œuvre dans le secteur manufacturier au Québec. Pour que cette réponse soit pleinement efficace, il faudra agir sur plusieurs fronts : augmenter les seuils d’admission, adapter les critères des programmes, accélérer les délais de traitement et offrir aux entreprises des outils plus souples pour recruter et retenir les travailleurs étrangers.

Plus que jamais, les entreprises ont avantage à suivre l’évolution des politiques publiques en immigration et à participer activement aux discussions qui façonneront l’avenir du marché du travail québécois.