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Oct 29, 2026
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Un expert peut-il perdre sa qualification parce qu’il défend trop ardemment la position de son client? Oui, et les conséquences peuvent être importantes pour la partie qui l’a mandaté.
Dans le cadre d’un recours en oppression portant sur une société œuvrant dans le domaine de la cryptomonnaie, notre équipe a obtenu un jugement dans lequel la Cour supérieure du Québec a exceptionnellement refusé de reconnaître la qualification d’expert à un témoin et a rejeté son rapport d’expertise. Cette décision rare, rendue dans l’affaire Angeli c. Lévesque, 2026 QCCS 2165, rappelle les limites à ne pas franchir et les obligations fondamentales des experts appelés à témoigner devant les tribunaux.
L’expert n’est pas le porte-parole de la partie qui l’a mandaté. Sa mission consiste avant tout à éclairer le tribunal de façon objective, impartiale et rigoureuse. Cette mission prime les intérêts de la partie qui l’a mandaté et exige de l’expert qu’il fasse preuve de professionnalisme, d’indépendance et d’une absence totale de parti pris.
Son rôle est de fournir au tribunal un témoignage d’opinion impartial dans un domaine relevant de ses compétences spécialisées. Ses obligations sont prévues au Code de procédure civile. L’expert qui manque gravement à ses devoirs ou qui s’écarte du rôle qui lui est confié peut voir son rapport d’expertise écarté ou, dans les cas les plus sérieux, se voir refuser sa qualification d’expert.
Il est nécessaire de distinguer ces deux notions, puisqu’une expertise peut être contestée à deux niveaux. D’abord, quant à son admissibilité, lorsque les conditions permettant sa réception en preuve ne sont pas satisfaites, notamment lorsque l’expert manque gravement à ses obligations d’indépendance et d’impartialité. Ensuite, quant à sa valeur probante, lorsque les conclusions de l’expert reposent sur une méthodologie déficiente, des hypothèses non fondées ou une analyse incomplète de la preuve.
En règle générale, l’admissibilité d’une expertise devrait être reconnue par les tribunaux. Le refus de reconnaître la qualification d’expert constitue une mesure exceptionnelle qui ne devrait être réservée qu’aux cas manifestes où celui-ci ne peut ou ne veut pas fournir une opinion juste, objective et impartiale. Dans certains dossiers, comme dans l’affaire Angeli c. Lévesque, le tribunal a toutefois conclu que ce seuil était franchi et a refusé de reconnaître la qualification du témoin à titre d’expert et de retenir son rapport.
Le témoignage d’un expert vise à permettre au tribunal de mieux comprendre des questions techniques, scientifiques ou spécialisées qui dépassent les connaissances ordinaires. Cependant, le tribunal peut refuser de reconnaître un témoin à titre d’expert lorsqu’il conclut que celui-ci ne satisfait pas à l’exigence fondamentale d’impartialité qui incombe à tout expert. Tel peut notamment être le cas lorsque ce dernier :
Dans de telles circonstances, le tribunal peut conclure que l’expert ne peut ou ne veut pas s’acquitter de ses obligations fondamentales d’indépendance et d’impartialité envers le tribunal. Il peut alors refuser de lui reconnaître la qualité d’expert et exclure son témoignage.
Dans l’affaire Angeli c. Lévesque, le juge est notamment arrivé à cette conclusion parce que le témoin s’était prononcé dans un domaine pour lequel il ne possédait pas les compétences requises, soupçonnait l’existence de complots dès lors qu’il n’était pas convaincu de l’authenticité d’un document, avait ignoré ou contredit certaines déclarations et admissions de son propre client, avait écarté des éléments de preuve qui ne concordaient pas avec son opinion et avait, à plusieurs reprises, empiété sur le rôle du tribunal en appréciant la preuve et en décidant des questions de droit.
Si le rapport d’expertise est admis en preuve et la qualification d’expert reconnue, le tribunal doit alors analyser son contenu et sa valeur probante. Le rapport d’expertise doit être suffisamment détaillé et motivé pour permettre au tribunal de comprendre les faits analysés, le raisonnement suivi par l’expert et les conclusions auxquelles il parvient. Il doit notamment exposer la méthodologie retenue et démontrer en quoi les conclusions proposées sont appuyées par la preuve.
Même lorsqu’un expert est reconnu comme tel, la valeur probante de son opinion et de son rapport demeure à déterminer. Le tribunal conserve un pouvoir discrétionnaire lui permettant d’en évaluer l’utilité et la valeur probante et, dans certains cas exceptionnels, d’écarter l’expertise lorsque son utilité est si faible qu’elle est manifestement surpassée par son effet préjudiciable. Le rejet du rapport peut notamment se justifier lorsque celui-ci :
Ainsi, les lacunes affectant le contenu du rapport peuvent être telles que le tribunal conclut que celui-ci n'est pas susceptible de l'éclairer adéquatement dans sa prise de décision. Il peut alors lui accorder peu ou pas de valeur probante, voire l'écarter entièrement.
La décision Angeli c. Lévesque rappelle qu’un expert ne doit pas être le partisan de la cause de son client, mais bien un auxiliaire du tribunal dont le rôle est de l’éclairer de façon objective et impartiale. Les parties qui retiennent les services d’un expert doivent donc s’assurer que celui-ci est en mesure de fournir une opinion fondée sur l’ensemble de la preuve, qu’il comprend pleinement son devoir d’indépendance, d’objectivité et d’impartialité ainsi que la mission qui lui incombe d’éclairer le tribunal, et qu’il peut s’en acquitter tout au long de son mandat.
À défaut, elles s’exposent au risque de voir la qualification d’expert de celui-ci contestée par la partie adverse, voire refusée par le tribunal, ou son rapport d’expertise rejeté. Une telle décision est lourde de conséquences pour la partie ayant mandaté l’expert, celle-ci se trouvant alors privée d’une expertise à soumettre au tribunal, ce qui constitue une lacune importante dans son dossier. Le tribunal peut toutefois permettre la rédaction d’une autre expertise.
Les questions relatives à la preuve d’expertise surviennent fréquemment dans les litiges commerciaux, et tout particulièrement dans les litiges entre actionnaires et les recours en oppression, où l’expertise porte souvent sur la valeur des actions, l’analyse juricomptable ou la gestion de la société.
Pour toute question concernant la préparation, la contestation ou l’utilisation d’une expertise dans un tel dossier, communiquez avec nos équipes de litige entre actionnaires ou de litige civil et commercial. Elles pourront évaluer les recours disponibles et mettre en place une stratégie adaptée à votre situation.
Vous pouvez également communiquer directement avec Stéphan Charles-Grenon, associé, avocat et chef du groupe de litige à Québec, dont la pratique est axée sur le litige commercial et les litiges entre actionnaires, ou Isabel Pouliot, associée et avocate en litige commercial et en litige entre actionnaires à Québec. Coralie Martineau, Véronique Milot et Rosa-Li Hébert, avocates en litige civil et commercial, peuvent également vous accompagner.
Un témoin expert est une personne dont les connaissances spécialisées permettent d’éclairer le tribunal sur des questions techniques, scientifiques ou spécialisées. En vertu du Code de procédure civile, sa mission d’éclairer le tribunal prime les intérêts de la partie qui retient ses services, et il doit l’accomplir avec objectivité, impartialité et rigueur.
L’admissibilité détermine si le rapport peut être reçu en preuve, notamment au regard de l’indépendance et de l’impartialité de l’expert. La valeur probante correspond au poids que le tribunal accorde aux conclusions de l’expert une fois le rapport admis, selon la qualité de la méthodologie et de l’analyse de la preuve.
Oui. Le tribunal peut refuser de reconnaître la qualification d’un expert qui ne peut ou ne veut pas fournir une opinion impartiale, comme l’a fait la Cour supérieure du Québec dans Angeli c. Lévesque, 2026 QCCS 2165. Il peut aussi accorder peu ou pas de valeur probante à un rapport fondé sur des prémisses erronées ou une analyse incomplète de la preuve.
La partie se trouve privée d’une preuve d’expertise, ce qui crée une lacune importante dans son dossier. Le tribunal peut toutefois, dans certains cas, permettre la rédaction d’une nouvelle expertise.
Dans un recours en oppression ou un autre différend entre actionnaires, l’expertise sert souvent à établir la valeur des actions, à analyser des opérations financières ou à évaluer la gestion de la société. Un rapport rigoureux et impartial peut donc avoir une incidence directe sur l’issue du litige.